
Jean, écrivain,
poète et éditorialiste, est décédé ce samedi 8 juillet à JBEIL (Byblos) au
Liban. Il s’y était rendu avec une vingtaine d’amis, son neveu Patrick et sa
femme, malgré sa grave maladie, pour présenter son dernier spectacle « ET
MAINTENANT ? » joué par des centaines d’acteurs. Il en avait rédigé
le texte commémorant les 7 000 ans de la fondation de la ville.
De famille flamande, Jean
est né en 1925 dans le quartier du Moulin à Lille (Nord). Pendant la guerre, à
la suite de l’exode, grâce à un article de journal, il prit contact avec le
séminaire de la Mission de France à Lisieux où il suivit sa formation pour être
prêtre. C’est au contact de la spiritualité de Thérèse de Lisieux qu’il fit
sien le choix des « petits » aux yeux de ce monde. « L’Église est garantie par les pauvres »
écrit-il en 2005. Le Cardinal Liénart l’ordonna prêtre en 1950. Il avait déjà
fait différents stages, comme cheminot à Nancy, tôlier chez Chausson et enfin
dans l’hôtellerie. « J’ai navigué
dans tous les métiers. J’ai navigué dans les usines, dans les bruits de tôle et
d’acier, comme valet de chambre ou de cuisine. »
Après un premier ministère
dans la paroisse Saint-Hippolyte de Paris, il sera secrétaire de la toute
récente Mission de France et accompagnera le cardinal et Daniel Perrot pour
préparer la future rédaction de notre Constitution apostolique, donnée par
Pie XII, en 1954. Plus tard, il sera régional de la Mission de France pour
Paris.
Il fut attiré d’abord par
l’intuition des prêtres-ouvriers. Mais après leur interdiction par Rome le 1er
mars 1954, « fusillés d’un
coup », il fera évoluer son désir en découvrant une autre vocation
« pour le langage et le
symbole », comme il l’a écrit. Cela le conduira à suivre d’abord des
cours de philosophie, puis de jeu dramatique chez Jean-Louis Barrault. Il
développera ses dons dans le côtoiement en sympathie de Jacques Prévert, poète
qui ne partageait pas la foi chrétienne, mais ouvert au dialogue comme l’était
Jean.
Il a tissé sa vie de prêtre
de ses quarante dernières années par l’écriture de nombreux livres, de poèmes,
de chansons, des jeux scéniques, et des ouvrages sur les grands moments de la
vie, « Parole », « Vivre », « Mourir »
(Desclée), toujours inspiré par l’Esprit de l’Évangile. Dans un livre-fiction
facétieux « En blanc dans le texte » (1973), n’avait-il pas imaginé
que tous les versets 12 de l’Évangile étaient… disparus ? Son service de
l’Église savait être redoutable tant il était soucieux de ce qu’elle pouvait
devenir, « la religion, c’est la
violence du sacré », « l’Église
a toujours bien eu du mal à se défendre du pouvoir ». En même temps,
dans son ouvrage « Eucharistie » (1983), le prêtre Jean donnait à
goûter dans le pain et le vin offerts et redécouverts à la vue de tous grâce au
Concile, le merci que sa foi lui dictait. Professionnellement, il continuait à
écrire comme éditorialiste dans la revue Vermeil du groupe Bayard-Presse.
Jean a longtemps servi les
mouvements d’Église comme les Scouts et Guides de France, y compris au niveau
mondial, le Centre national de l’Enseignement religieux, Police et Humanisme,
Partage et Rencontre, le Secours catholique, le Mouvement des Chrétiens
retraités et fut disponible aux diocèses de l’Église de France. Avec
ATD-Quart-Monde, sa grande connivence sur ses buts lui avait ouvert une fertile
collaboration. Il restait fidèle également à la solidarité professionnelle avec
les artistes notamment ceux et celles qui mettent leur art au service de l’annonce
de la foi.
Il lui fut demandé d’écrire
le spectacle présenté à Jean Paul II lors des XIIe JMJ à Paris en
1997. C’est enfin à l’Unesco qu’un hommage pour ses 80 ans lui a été rendu,
hommage coordonné par l’association « En blanc dans le texte » qui a
pour objet, entre autres, de recueillir et promouvoir l’œuvre de Jean
Debruynne.
Dans les années 70 et 80, il
créa avec Albert Grimaux un montage audio-visuel sur l’aventure pascale du
Christ mort et ressuscité en trois jours.
« L’Absent du samedi », montage de photos réalisé sur
ses textes, a été projeté des dizaines de fois, en France et ailleurs, pour le
Service-Jeunes de la Mission de France appelé alors « Info-dia »,
avec la fidèle complicité de la voix et de la guitare de Gaëtan de Courrèges et
de Jean-Pierre Vanhecke pour la technique. Un titre fortement théologique, à
coup sûr, mais mystérieusement prémonitoire pour notre affection et estime,
depuis samedi dernier.
Merci Jean d’avoir écrit
tout haut et avec enthousiasme ce que notre cœur aurait voulu savoir dire dans
sa relation à Dieu et à l’homme.
Chapeau bas devant ton
ministère, avec la rose que tu affectionnais à la main.
Obsèques le 25 juillet à 10h30
en l’église Notre-Dame des Champs
91, boulevard du Montparnasse, Paris
métro : Montparnasse-Bienvenüe ou Vavin
Dès à présent avec le P.
Yves Patenôtre, évêque de la Mission de France, nous nous associons à la peine
de son frère et de sa sœur, à celle de ses neveux et nièces.
L’Équipe épiscopale
* Le 11 juillet, dans le journal La Croix, toute une page est consacrée à
la mission de Jean.
Quand
vous saurez que je suis mort
Quand vous
saurez que je suis mort
Ce sera un jour
ordinaire
Peut-être il
fera beau dehors
Les moineaux ne
vont pas se taire
Rien ne sera
vraiment changé
Les passants
seront de passage
Le pain sera
bon à manger
Le vin versé
pour le partage
La rue ira dans
l'autre rue
Les affaires
iront aux affaires
Les journaux
frais seront parus
Et la télé sous
somnifères
Suite à
l'incident du métro
Vous prendrez
les correspondances
En courant les
couloirs au trot
Chacun ira
tenter sa chance
Pour moi le
spectacle est fini
La pièce était
fort bien écrite
Le paradis fort
bien garni
Des exclus de
la réussite
Pour moi je
sortirai de scène
Passant par le
côté jardin
Côté Prévert et
rue de Seine
Côté poète et
baladin
Merci des
applaudissements
Mon rôle
m'allait à merveille
Moi, je m'en
vais, tout simplement
Un jour nouveau
pour moi s'éveille
Vous croirez
tous que je suis mort
Quand mes vieux poumons rendront l'âme
Moi je vous dis
: vous avez tort
C'est du bois
mort que naît la flamme
N'allez donc
pas dorénavant
Me rechercher
au cimetière
Je suis déjà
passé devant
Je viens de
passer la frontière
Le soleil a son
beau chapeau
La Paix a mis
sa belle robe
La Justice a
changé de peau
Et Dieu est là
dans ses vignobles
Je suis passé
dans l'avenir
Ne restez pas
dans vos tristesses
Enfermés dans
vos souvenirs
Souriez plutôt
de tendresse
Si l'on vous
dit que je suis mort
Surtout n'allez
donc pas le croire
Cherchez un vin
qui ait du corps
Et avec vous
j'irai le boire...
Jean Debruynne
2 février 2000, Chandeleur