Communauté Mission de France

 

 

 

 

Le Perreux, le 11 juillet 2006

 

 

 

Zone de Texte:  
Jean DEBRUYNNE
11 mars 1925  -  8 juillet 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Jean, écrivain, poète et éditorialiste, est décédé ce samedi 8 juillet à JBEIL (Byblos) au Liban. Il s’y était rendu avec une vingtaine d’amis, son neveu Patrick et sa femme, malgré sa grave maladie, pour présenter son dernier spectacle « ET MAINTENANT ? » joué par des centaines d’acteurs. Il en avait rédigé le texte commémorant les 7 000 ans de la fondation de la ville.

 

De famille flamande, Jean est né en 1925 dans le quartier du Moulin à Lille (Nord). Pendant la guerre, à la suite de l’exode, grâce à un article de journal, il prit contact avec le séminaire de la Mission de France à Lisieux où il suivit sa formation pour être prêtre. C’est au contact de la spiritualité de Thérèse de Lisieux qu’il fit sien le choix des « petits » aux yeux de ce monde. « L’Église est garantie par les pauvres » écrit-il en 2005. Le Cardinal Liénart l’ordonna prêtre en 1950. Il avait déjà fait différents stages, comme cheminot à Nancy, tôlier chez Chausson et enfin dans l’hôtellerie. « J’ai navigué dans tous les métiers. J’ai navigué dans les usines, dans les bruits de tôle et d’acier, comme valet de chambre ou de cuisine. »

Après un premier ministère dans la paroisse Saint-Hippolyte de Paris, il sera secrétaire de la toute récente Mission de France et accompagnera le cardinal et Daniel Perrot pour préparer la future rédaction de notre Constitution apostolique, donnée par Pie XII, en 1954. Plus tard, il sera régional de la Mission de France pour Paris.

Il fut attiré d’abord par l’intuition des prêtres-ouvriers. Mais après leur interdiction par Rome le 1er mars 1954, « fusillés d’un coup », il fera évoluer son désir en découvrant une autre vocation « pour le langage et le symbole », comme il l’a écrit. Cela le conduira à suivre d’abord des cours de philosophie, puis de jeu dramatique chez Jean-Louis Barrault. Il développera ses dons dans le côtoiement en sympathie de Jacques Prévert, poète qui ne partageait pas la foi chrétienne, mais ouvert au dialogue comme l’était Jean.

Il a tissé sa vie de prêtre de ses quarante dernières années par l’écriture de nombreux livres, de poèmes, de chansons, des jeux scéniques, et des ouvrages sur les grands moments de la vie, « Parole », «  Vivre », « Mourir » (Desclée), toujours inspiré par l’Esprit de l’Évangile. Dans un livre-fiction facétieux « En blanc dans le texte » (1973), n’avait-il pas imaginé que tous les versets 12 de l’Évangile étaient… disparus ? Son service de l’Église savait être redoutable tant il était soucieux de ce qu’elle pouvait devenir, « la religion, c’est la violence du sacré », « l’Église a toujours bien eu du mal à se défendre du pouvoir ». En même temps, dans son ouvrage « Eucharistie » (1983), le prêtre Jean donnait à goûter dans le pain et le vin offerts et redécouverts à la vue de tous grâce au Concile, le merci que sa foi lui dictait. Professionnellement, il continuait à écrire comme éditorialiste dans la revue Vermeil du groupe Bayard-Presse.

Jean a longtemps servi les mouvements d’Église comme les Scouts et Guides de France, y compris au niveau mondial, le Centre national de l’Enseignement religieux, Police et Humanisme, Partage et Rencontre, le Secours catholique, le Mouvement des Chrétiens retraités et fut disponible aux diocèses de l’Église de France. Avec ATD-Quart-Monde, sa grande connivence sur ses buts lui avait ouvert une fertile collaboration. Il restait fidèle également à la solidarité professionnelle avec les artistes notamment ceux et celles qui mettent leur art au service de l’annonce de la foi.

Il lui fut demandé d’écrire le spectacle présenté à Jean Paul II lors des XIIe JMJ à Paris en 1997. C’est enfin à l’Unesco qu’un hommage pour ses 80 ans lui a été rendu, hommage coordonné par l’association « En blanc dans le texte » qui a pour objet, entre autres, de recueillir et promouvoir l’œuvre de Jean Debruynne.

Dans les années 70 et 80, il créa avec Albert Grimaux un montage audio-visuel sur l’aventure pascale du Christ mort et ressuscité en trois jours.

 « L’Absent du samedi », montage de photos réalisé sur ses textes, a été projeté des dizaines de fois, en France et ailleurs, pour le Service-Jeunes de la Mission de France appelé alors « Info-dia », avec la fidèle complicité de la voix et de la guitare de Gaëtan de Courrèges et de Jean-Pierre Vanhecke pour la technique. Un titre fortement théologique, à coup sûr, mais mystérieusement prémonitoire pour notre affection et estime, depuis samedi dernier.

Merci Jean d’avoir écrit tout haut et avec enthousiasme ce que notre cœur aurait voulu savoir dire dans sa relation à Dieu et à l’homme.

Chapeau bas devant ton ministère, avec la rose que tu affectionnais à la main.

 

Obsèques le 25 juillet à 10h30

en l’église Notre-Dame des Champs

91, boulevard du Montparnasse, Paris

métro : Montparnasse-Bienvenüe ou Vavin

 

Dès à présent avec le P. Yves Patenôtre, évêque de la Mission de France, nous nous associons à la peine de son frère et de sa sœur, à celle de ses neveux et nièces.

 

 

L’Équipe épiscopale               

 

 

* Le 11 juillet, dans le journal La Croix, toute une page est consacrée à la mission de Jean.


 

 

 

 

 

Quand vous saurez que je suis mort

 

 

 

 


Quand vous saurez que je suis mort

Ce sera un jour ordinaire

Peut-être il fera beau dehors

Les moineaux ne vont pas se taire

 

Rien ne sera vraiment changé

Les passants seront de passage

Le pain sera bon à manger

Le vin versé pour le partage

 

La rue ira dans l'autre rue

Les affaires iront aux affaires

Les journaux frais seront parus

Et la télé sous somnifères

 

Suite à l'incident du métro

Vous prendrez les correspondances

En courant les couloirs au trot

Chacun ira tenter sa chance

 

Pour moi le spectacle est fini

La pièce était fort bien écrite

Le paradis fort bien garni

Des exclus de la réussite

 

Pour moi je sortirai de scène

Passant par le côté jardin

Côté Prévert et rue de Seine

Côté poète et baladin

 


Merci des applaudissements

Mon rôle m'allait à merveille

Moi, je m'en vais, tout simplement

Un jour nouveau pour moi s'éveille

 

Vous croirez tous que je suis mort

Quand mes vieux poumons rendront l'âme

Moi je vous dis : vous avez tort

C'est du bois mort que naît la flamme

 

N'allez donc pas dorénavant

Me rechercher au cimetière

Je suis déjà passé devant

Je viens de passer la frontière

 

Le soleil a son beau chapeau

La Paix a mis sa belle robe

La Justice a changé de peau

Et Dieu est là dans ses vignobles

 

Je suis passé dans l'avenir

Ne restez pas dans vos tristesses

Enfermés dans vos souvenirs

Souriez plutôt de tendresse

 

Si l'on vous dit que je suis mort

Surtout n'allez donc pas le croire

Cherchez un vin qui ait du corps

Et avec vous j'irai le boire...

 

Jean Debruynne

2 février 2000, Chandeleur