PRÉFACE

 

Si j’ai accepté d’écrire quelques mots de préface pour le livre de Jean-Claude, c’est par émerveillement. Émerveillement pour la fidélité de son amitié, intacte après tant d’années. Comme pour des couples qui fêtent leur 50 ou 60 ans de mariage, j’y vois quelque chose de la fidélité de Dieu. Émerveillement, celui que j’ai eu en lisant avec avidité et bonheur cette autobiographie qui "sonne" si vrai.

 

Un sourire, un regard bienveillant, une voix chaleureuse avec l’accent chantant du midi, un dynamisme contagieux… C’est ce qui reste d’une rencontre avec Jean-Claude dont on se dit  qu’il est un homme heureux qui sait communiquer sa joie de vivre. Et pourtant….

 

"Quand on n’a que sa vie et qu’on veut la donner".  Qui d’entre nous n’a pas chanté ces quelques mots au cours d’une veillée ou d’un mariage ? Ces mots qui reviennent, comme vagues sur la plage, à la fin de chaque couplet du chant choisi comme titre pour ce livre.

Au fur et à mesure de ma lecture s’imposait à moi cette conviction : plus de 200 pages pour nous dire qu’on ne peut donner que ce qu’on possède : il faut être né à soi-même et toute naissance prend du temps, et toute naissance, avant d’être source de bonheur, ne se fait que dans les douleurs de l’enfantement.

Avec beaucoup de sincérité, Jean Claude nous raconte cette lente mise au monde semée de passages, ces temps d’incertitude et de découragement, de questionnements et d’éclaircies.

On y devine beaucoup de souffrance.

 

Au fil du récit, on  découvre qu’il n’est pas facile de partir dans la vie avec cette phrase d’une maman soucieuse : Mais qu’est-ce qu’on va faire de toi ? Les années passent Avec toujours la crainte de mal faire. J’étais né coupable. Coupable de n’être pas comme tout le monde, de tout louper quand d’autres s’amusaient sur le problème sournois de ce bassin qui se remplit d’un côté et se vide de l’autre…

On riait beaucoup…. Mais ma joie à moi n’était que de surface. Au fond de moi-même, j’étais pessimiste. Il subsistait, quelque part en moi, un résidu de tristesse.

 

"Ce qui embellit le désert, c’est qu’il se cache un puits quelque part" a écrit Antoine de Saint Exupéry. Le désert, il pouvait en parler parce qu’il avait failli lui être fatal. Et Paulo Coelho ose une question : "Peut-être Dieu a-t-il voulu le désert pour que l’homme se réjouisse à la vue des palmiers". Jean-Claude a fait l’expérience du désert, le désert qui décape, qui oblige à aller à l’Essentiel… Nous qui le connaissons maintenant, nous nous demandons : comment s’en est-il sorti? Et bien, dans le désert de Jean-Claude, il y avait un puits, comme une petite source qui apporte un peu de fraîcheur. Le révélateur, ce sera  le Père Duval et un excellent professeur qui l’ouvrira à la littérature et à la philosophie. Quelque chose se met alors à germer : Sans être à même de le formuler alors, je sus confusément que je n’étais peut-être pas, à vie, le garçon condamné à l’échec.  Jusqu’au jour où le grand adolescent croit que l’essentiel est fait : J’avais gagné la partie, le tunnel avait débouché sur une lumière douce comme une aurore.

 

Gommée la phrase de la maman qui l’avait tant attristé lorsque le papa exprime une certaine fierté : Quand je lui annoncerai ma réussite au bac, je l’entendrai marmonner : Tu vois, quand on veut on peut.

 

Bien des parents, bien des éducateurs et peut-être bien des lecteurs vont se reconnaître dans cette histoire de renaissance. Dans l’accompagnement, faire confiance au-delà du raisonnable, même s’il y faut du temps. Le chercheur aurait parfois des raisons de se décourager et c’est à ce moment qu’un élément nouveau permet d’avancer. Lorsque je parcours la Bible, je suis souvent émerveillé de la patience de Dieu. Attendre l’éclosion des bourgeons  n’est pas toujours évident.  

Mais revenons à notre histoire. Jean-Claude a-t-il atteint un de ces sommets où on peut se reposer en contemplant un paysage grandiose ? Que nenni !

Je persistais aux prises avec deux Jean-Claude …: Je vivais donc avec  ce contentieux secret… Depuis trente ans je temporisais  Et quand il aura fait le pas : Un sentiment nouveau me poignait le cœur ; la culpabilité… Rompre les amarres n’est romantique qu’aux yeux de ceux qui se gardent bien de quitter leur port.

 

J’avais évoqué, dès le départ, les douleurs de l’enfantement et le bonheur d’une naissance. Pour Jean-Claude, la véritable renaissance n’est plus très loin. Rien ne rend plus heureux que de créer. Que de rien naissent des notes, des mots, des images, de la poésie et de la musique, tout ce quelque chose qui nous enchante…Composer est une thérapie… La chanson apaise son auteur, le réconforte, l’élève….

 

Arrivé au sommet et regardant d’un coup d’œil  tout ce chemin parcouru, je ne peux m’empêcher de me poser une question : est-ce que, en filigrane,  je n’aperçois pas son visage lorsque je fredonne la chanson du goéland ? : Apprends-moi les moyens de quitter le rivage, pour m’en aller plus loin, jusqu'au bout du possible, atteindre les nuées  vers d’autres lendemains, s’élever davantage, inventer mon destin. Pour découvrir ainsi des raisons d’espérer en demain…. De l’effort au succès, du succès au bonheur. Tu dis que ton secret sommeille au fond de nous dans nos cœurs.

 

Un secret ? Aurais-je deviné si je proposais : Fleurir où Dieu nous a semés puisque c’est Lui le jardinier, puisque Sa grâce nous suffit.

 

                      Père Paul Renard – Diocèse de Nancy